ÉPISODE 5: LES DÉPENDANTS AFFECTIFS

Après cette rupture bizarre, il fallait que j’aille oublier les plans à plusieurs récemment dévoilés. Samedi soir sera un parfait exutoire. C’est parée de mes plus belles chaussures que je rejoins deux amies vers 22h. Elles sont déjà en train d’onduler dans la chaleur en boite du petit bar que nous avons l’habitude de fréquenter en cas de crise sentimentale. Après trois vodka tonic, la musique m’importe peu. Je me sens seulement bien avec ce verre qui me sert d’équilibre et cette paille que j’ai du mal à attraper avec ma bouche. Boire ou danser, il faut choisir. On ne sait pas ce qu’on écoute, on sait seulement qu’on connait les morceaux. On danse ensemble, on chante ensemble et on boit encore et encore. Vers 2 heure du matin, le bar ferme. Un tour à l’épicerie en bas de chez moi et on est reparti pour un tour dans mon appartement cette fois-ci. Vodka, herbes et poudre seront les ingrédients parfaits de cette nuit qui s’annonce magique. Mon téléphone greffé à la main, j’erre en même temps sur Tinder. Et me voilà, verre à la main, à matcher, à zapper, à scroller, ma future vie sentimentale. Je demande à Julie, Colette et Aurélia leurs avis.

« Non, il est dégueulasse ! Ne le fais pas venir ! »

Après quelques échanges de messages, l’étranger de mon application préférée me téléphone. Il préfère la discussion aux textos mais mon état commence à très proche de l’état second et je décide de raccrocher. Je me demande si cet appel relevait du courage ou de la folie. On continue à parler par SMS dans la brume de mes souvenirs. La nuit se finira sur des filles qui essaieront de twerker, des shots qui disparaitront par magie buccale et des playback absolument renversant, le tout dans la douce fumée bleutée de notre centaine de cigarettes consumées. Mon lit m’appelle. Julie s’est endormie avec Colette sur mon canapé. Aurélia a pris son courage à deux mains pour rentrer chez elle. Il est 5h30 du matin.

Paracétamol

Je suis extirpé de mon sommeil par le bip de mon téléphone qui m’annonce l’arrivée d’un message. C’est l’inconnu de Tinder qui me demande comment s’est passée ma nuit. Il est trop tôt pour quelqu’un que je ne connais pas entre dans mon intimité et me demande quelque chose d’aussi personnel. Je coupe mon téléphone et réussi à déplacer mon corps jusqu’à la machine à café. Colette ronfle et Julie fume des clopes sur la terrasse. Je la rejoins et lui parle du message matinal de Monsieur Tinder. « Tu vas le voir ? » me demande-t-elle. Je lui répond que je ne sais pas. « Fais attention aux dépendants affectifs, bébé », me dit-elle.

« Je suis malade. Je suis un dépendant affectif ! »

Le titre de cette « anomalie psychique » résonne dans ma tête et me rappelle mon dernier petit ami qui préférait les orgies secrètes à la discussion. Je me dis alors: « Si les hommes deviennent des dépendants affectifs, ça veut dire que les femmes n’ont plus besoin d’être sauvées par de preux chevaliers. On a donc gagné ! » Mais toutes ces années à me nourrir de Sex and The City, de Bridget Jones, de Love Actually m’ont appris qu’on a quand même besoin des mecs et qu’on ne court qu’après une belle histoire. En plus, aujourd’hui il faut la raconter sur les réseaux sociaux. Je m’allume une clope, balance un Efferalgan dans un verre d’eau, boit une gorgée de café et je dis à Julie: « Ton mec t’a encore fait livrer des fleurs. » Elle sourit.

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