ÉPISODE 7: TU TE CROIS AU MARCHÉ ?

La tentative de plan cul ne s’est pas avérée concluante et Julie vient de quitter l’appartement. Elle est partie vivre de nouvelles aventures dans le nord de l’Australie laissant derrière elle gars parfait et copine dépressive. Après avoir dit au revoir au camion rempli de coussins licornes, de mugs Beyonce et poster de Ricky Martin, je me retrouve seule dans cet appartement devenu trop grand. On a fait la fête hier soir. On a ri, on a pleuré. Assises au milieu des cartons, on a bu les grands crus classés que Julie aime tant. Qui va m’obliger à boire du rouge avec un fromage douteux ?

Pour éviter de tomber dans la dépression, je décide de téléphoner à mon ami John. Il écoute Lady Gaga, porte des combinaisons en toutes saisons, change de couleurs de cheveux neuf fois par an et pense que Lady Di devrait être canonisée. John est de tout évidence le plus gay des personnes gay que je connaisse. Au son de ma voix, il comprend tout de suite que je ne suis pas au top de ma forme et me propose de l’accompagner pour un rendez-vous shopping Grindr. Il m’explique qu’il a rencontré un gars sur cette application et qu’ils doivent se voir chez Rive Neuve, une de ses boutiques préférées. « Essayer du Saint Laurent et un homme en même temps, tu connais un passe-temps plus jouissif que ça ? »
Il me fait rire. Je file me préparer. Devant mon dressing, je cherche une tenue qui lui plaira. Il est capable de m’en faire acheter une autre s’il ne trouve pas ce que je porte à son goût. Vis ma vie de copine de blogueur mode homosexuel. J’opte pour un Levi’s 501 taille haute avec le sweat Alexander Wang qu’il m’a offert et soigneusement découpé en crop top. Une paire de talons (obligatoires pour éviter les foudres de Mister Gaga) et mon Celine feront l’affaire. Pour les cheveux, je décide de cacher ma touffe dans un grand foulard que je noue comme les femmes africaines. Avec une immense paire de créoles, il va adorer. Je prend un Ubber et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je retrouve John qui m’attend devant la boutique entouré de son éternel nuage de fumée.
Il ne dit rien sur ma tenue mais me demande une fois de plus si j’ai bien notifié dans mon testament que mon sac lui reviendra après ma mort. Je l’adore ! Il décide d’annuler son rendez-vous pour qu’on puisse aller boire des cocktails tranquillement. On s’installe à une terrasse et après lui avoir expliqué que ma vie sexuelle/sentimentale est un désert, je lui demande où il en est. Avec toutes ses applications, John change de Loulou comme de fringues. Il m’explique, cigarette à la bouche, la tendance actuelle sur les sites de rencontre. « Les gars montrent leur engin avant de dire bonjour ! » Et il me le prouve avec photos à l’appui. Je ne savais même pas qu’il y avait autant de formes différentes de pénis sur Terre. « Quand c’est beau à voir, ça passe encore mais parfois… c’est l’angoisse ! » me dit-il. Et je lui demande ce qu’il fait de tous ces penis. Il me répond: « Tu crois que j’en fais quoi ? »

« Quand je m’ennuie, je regarde mon catalogue et je choisis la plus belle ! » 

Il m’avoue tout de même qu’il aimerait rencontrer quelqu’un et construire quelque chose (avec un beau pénis de préférence). Je me rend compte qu’on en est tous au même stade. On court après le prince charmant. Mais John est très lucide. « Les chaussures ne te feront jamais de mal ! » Je me demande si je ne vais pas publier un livre avec toutes ses théories complètement foireuses. Il est 13h15, nous sommes mardi et je ne suis pas allée bosser. Je suis ivre avec mon ami qui fait tout pour me remonter le moral. « Tu as un boulot génial, des amis alcooliques et un dressing de connasse. Tu veux quoi de plus ? » Mon regard ne peut mentir. Je me sens un peu seule. Et avec le départ de Julie, j’appréhende un peu. On passera le reste de la journée à s’enfiler des cocktails. Nous rentrons ensemble. John s’endort à côté de moi. Le lendemain, j’aperçois un sachet en carton avec un logo qui crie luxe. Je me rendors en tentant de me convaincre que la chose hors de prix que j’ai acheté est indispensable. Boire ou faire les magasins, il faut choisir !

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